21 mars 2019
Editorial
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La politique autrement
le Comité Politique de Guillaume Soro prend le Lead de l’opposition ivoirienne

L’Editorial du Professeur Franklin Nyamsi Wa Kamerun


 La politique est davantage un art qu’une science. Voilà pourquoi il n’y a d’ailleurs pas de science politique au singulier, mais plutôt des sciences politiques au pluriel, car pour comprendre l’agir de l’Homme dans la cité, il faut croiser les perspectives sur les aspects multiformes de l’Homme : la biologie, l’Histoire, la psychologie, la sociologie, l’économie, la géographie, l’anthropologie, la linguistique, et mêmes les mathématiques participent à la compréhension de l’art de gérer la chose publique. Voilà sans doute pourquoi il n’y a rien de pire qu’un régime où tous sont contraints de se soumettre à la pensée d’un seul, fût-il le plus éclairé de ses contemporains. IL n’est pas seulement vrai qu’un homme tout seul n’est rien, car « L’homme n’est rien sans les hommes », comme le disait Birago Diop, il est aussi vrai que penser sans les autres, c’est délirer. Le plus éclairé des penseurs, isolé de la critique sociale n’est qu’un brillant fou. Or dans la Côte d’Ivoire contemporaine, un parti s’illustre par sa défaite intellectuelle : le RHDP d’Alassane Ouattara. Des cadres aux alliés, tous semblent avoir abdiqué leur capacité de pensée à l’ado-ration d’un seul, celui qui est par nature puissance –pissanci, disent-ils-, celui qui est par nature brave, celui qui sait tout en tout et à qui nul n’a rien à apprendre ; celui qui décide de tout pour tous, y compris du nom du premier prisonnier politique de Côte d’Ivoire : Alassane Dramane Ouattara. Qui donc offre aux Ivoiriens, une autre manière de penser et de faire la politique que celle du dirigisme patrimonial, du centralisme narcissique du RHDP au pouvoir ? Je consacre la présente tribune à montrer que l’innovateur de la place politique de Côte d’Ivoire est résolument Guillaume Kigbafori Soro, à partir de quatre arguments essentiels : 1) L’anticipation politique sur les préoccupations profondes des Ivoiriens ; 2) L’Humilité du pas sincère vers les Autres ; 3) Le Courage de risquer son confort et sa vie pour ses convictions éthico-politiques ; 4) La construction des réponses aux problèmes du Peuple ivoirien avec le Peuple Ivoirien. Je montrerai justement en quoi cette quadruple manière de faire la politique a conféré, moins de deux mois après sa démission historique du 8 février 2019, le Lead de l’Opposition Politique ivoirienne à Guillaume Kigbafori Soro, le Président du Comité Politique.

1)Anticipations politiques de Guillaume Soro : réconciliation, Etat de droit, Nation Dès sa démission de ses fonctions de Premier Ministre en mars 2012, Guillaume Soro, sur les traces fraîches de la terrible crise postélectorale ivoirienne de 2010-2011, avait déclaré que le pardon et la réconciliation seraient les pierres angulaires du redressement global de ce pays. Certains y virent un discours de circonstances. Mais aujourd’hui l’état de division de la classe politique ivoirienne lui donne rétrospectivement raison : le FPI, longtemps principal parti de l’opposition ivoirienne, a été livré aux dissensions internes, non seulement du fait des règlements de comptes entre ses membres, mais aussi en raison de l’OPA du régime Ouattara sur bon nombre de ses cadres, tels par exemple un Alcide Djédjé ; le PDCI-RDA, longtemps allié du RDR dans l’ancien RHDP Groupement de partis politiques, fait l’objet depuis deux ans de tentatives d’OPA d’un RDR décidé à emporter dans son hubris, un morceau du parti de l’indépendance ivoirienne, comme faire-valoir de son ambition de permanence au pouvoir ; le RDR lui-même, privé de l’engagement historique des ex-Forces Nouvelles de Guillaume Soro, caracole aujourd’hui apparemment en tête de l’échiquier politique national, alors même que ses bases le désertent par grappes entières, comme ces congressistes du 26 janvier 2019 abandonnant le président Ouattara en plein discours au Félicia d’Abidjan. C’est donc un champ politique fortement déchiqueté, friable et cassable, qu’offre aujourd’hui la Côte d’Ivoire. La réconciliation et le pardon, prônés depuis 2012 par Guillaume Soro n’en sont-ils pas plus urgents aujourd’hui ? Sans aucun doute.

 Mais sur quoi mettre d’accord tous les Ivoiriens ? Loin de vouloir forcer ceux qui ne veulent pas pardonner à la faire, ou de forcer ceux qui ne veulent pas se réconcilier à s’y mettre, Guillaume Soro, encore Président de l’Assemblée Nationale, avait pris le bâton du pèlerin pour défendre ce rassemblement par le haut, par l’idéal de la Nation : dans l’Ouest, l’Est, le Nord, le Centre et le Sud ivoiriens, Guillaume Soro a crapahuté depuis lors, malgré les menaces, incompréhensions, suspicions de campagne présidentielle anticipée, que les esprits retors de tous les camps lui auront fait souffrir. Loin de vouloir imposer aux revanchards de faire table rase, Guillaume Soro a promu une idée encore plus opérationnelle, en bon pionnier du changement : la consolidation de l’Etat de droit en Côte d’Ivoire, par la défense des libertés fondamentales, de la séparation des trois pouvoirs et des droits de l’opposition. Depuis le Discours du 3 avril 2017, c’est Guillaume Soro qui s’est installé dans le rôle de critique objectif des dérives du pouvoir : appel à la libération des prisonniers politiques, appel au retour de Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé chez eux, demandes de pardon à la famille de la gauche ivoirienne en général, volonté d’aller vers l’ancienne classe politique de tous bords pour obtenir un apaisement collectif propice à la préparation d’une nation prospère, etc.

 Enfin, dans sa relation aux Ivoiriens, nul ne niera que c’est Guillaume Soro qui a anticipé la révolution cybernétique de la communication dans son pays. Présent avant tous les autres hommes d’Etat ivoiriens sur les réseaux sociaux, Guillaume Soro est le principal acteur d’une réduction claire et nette du fossé entre les citoyens et leurs dirigeants à travers l’Afrique francophone notamment. IL a montré la voie à tous les hommes et femmes politiques de son rang, qui tentent aujourd’hui seulement de rattraper un retard accumulé au rendez-vous de la révolution de l’information et du débat sociopolitiques. Mû par un désir d’écoute et une empathie forte envers ses concitoyens, Guillaume Soro a pris et gagné, c’est incontestable, le pari de la proximité et de la simplicité avec son peuple et avec des millions d’autres internautes africains et du monde. Soro fait corps avec son peuple. Et voilà précisément comment il a pu imposer, avec grâce, l’idée que rien de grand ne s’accomplirait dans son pays sans le passage de l’écrasante majorité des Ivoiriens de la conscience ethno-tribale à la conscience citoyenne-nationale, qu’il faut justement bâtir et penser dans le creuset du pardon, de la réconciliation et de l’Etat de droit consolidés.

2) L’humilité du pas sincère vers les Autres

 En Côte d’Ivoire, trop de dirigeants politiques ont hélas pris la mauvaise habitude de se croire dotés de la science infuse du siècle. Ils prétendent faire la politique pour les gens, mais sans les gens. Pour eux, la politique se fait sans marche-arrière : ni mémoire, ni remords, ni regrets, ni reconnaissance de leurs erreurs ou fautes éventuelles, et de toute façon inévitables. Trop de leaders se prennent pour des saints, des gens qui n’ont même pas dû écraser une fourmi anonyme en marchant.

 Or sur ce point essentiel encore, Guillaume Soro a opéré très tôt la démarcation essentielle qui s’imposait avec cette politique hautaine et autistique. Celle qui regarde sans cesse les gens de haut et ne daigne même pas les écouter. Pour Guillaume Soro au contraire, celui qui agit publiquement a forcément – volontairement ou non- commis des torts, des fautes, des erreurs. IL doit, a priori, se mettre à la disposition de son Peuple, pour entendre ce qui ne va pas, comprendre pourquoi cela ne va pas, et participer à l’élaboration des remédiations. Etre ainsi à l’écoute des gens, admettre sa propre faillibilité, n’est-ce pas la marque des grands hommes ? Tout le contraire du style d’un Alassane Ouattara qui, campé dans son ton grand seigneur à la tête de l’Etat, distribue bons et mauvais points, limogeages, exclusions, intimidations, violations constitutionnelles diverses et violences arbitraires à l’encan, depuis notamment le commencement de son second mandat en 2015.

3) Le Courage de risquer son confort pour ses convictions

 En Afrique francophone, il est indéniable qu’il n’y a pas beaucoup de Présidents d’assemblée nationale qui auraient pris le risque de critiquer l’attitude d’un gouvernement en exercice issu de leur propre majorité politique. Nos assemblées nationales sous les tropiques, fonctionnent pour la plupart encore hélas comme des chambres d’enregistrement des desiderata de l’exécutif, à l’instar du nouveau parlement clanique du RHDP, installé avec le sieur Amadou Soumahoro le 7 mars 2019 passé à Abidjan.

 Or, non seulement, on a vu un Guillaume Soro prendre sous Laurent Gbagbo en décembre 2010, le risque d’être ce Premier Ministre qui annoncerait au Président sortant sa défaite au second tour de l’élection, mais on a aussi vu Guillaume Soro, Président de l’Assemblée Nationale en avril 2017, prendre son courage à deux mains pour demander au Président de la République Alassane Ouattara, la libération des prisonniers politiques de Côte d’Ivoire, majoritairement issus de l’ancienne majorité du Front Populaire Ivoirien ! Et c’est avec le même courage des idées que dès juillet 2018, on a vu Guillaume Soro refuser de souscrire à la construction d’un RHDP contre le PDCI-RDA, tout comme on l’a vu démissionner le 8 février 2019 de son poste de Président de l’Assemblée Nationale, après son refus d’adhérer au forceps au parti cosmétique de la majorité RHDP unifié, en réalité minoritaire dans le pays. Qui dira en Côte d’Ivoire que Guillaume Soro n’a pas le courage de ses convictions ? Renonçant à sa position de 3ème personnalité de l’Etat, Guillaume Soro a rejoint depuis lors l’Opposition Politique ivoirienne qu’il fait briller de ses mille feux.

4) La démocratie participative de Guillaume Soro : la politique, autrement

 Installé au cœur de l’opposition ivoirienne, Guillaume Soro a engagé son nouveau sacerdoce là où on ne l’attendait pas. En mobilisant les solidarités parlementaires internationales, il a su faire libérer le député Alain Michel Lobognon, en un temps record par un autocrate Ouattara complètement éberlué le 14 février 2019. A peine devenu opposant, Soro emportait sa première victoire politique contre le Goulag du RHDP…

 Au lieu d’imposer sa parole au peuple, Soro s’est imposé de ne parler que pour répondre au peuple. Sa maison, ses voyages à l’intérieur du pays, sont entièrement consacrés depuis février 2019 au dialogue inter-ivoirien. Les aigris qui prétendent, entre mille et une complaintes de jaloux, que Guillaume Soro parle trop, se plaignent en réalité surtout du fait que Guillaume Soro fait authentiquement parler les populations et citoyens de Côte d’Ivoire, comme aucun autre leader politique ivoirien. On souligne en forçant toujours le trait, tel ou tel propos de Guillaume Soro, mais on a tôt fait d’oublier que ce sont toujours des réponses qu’il apporte sincèrement aux questions, propositions ou objections des Ivoiriens. Guillaume Soro ne parle pas pour parler, il parle pour répondre. IL ne parle pas pour meubler un ennui quelconque, Il parle pour rendre au Peuple de Côte d’Ivoire, toute sa parole, pour raviver le Peuple de Côte d’Ivoire grâce aux merveilles de la démocratie participative. Loin d’être celui qui, venu comme du Ciel, détiendrait les solutions à tous les problèmes des Ivoiriens dans une gibecière magique, Guillaume Kigbafori Soro est plutôt celui qui, montant des entrailles profondes du Peuple de Côte d’Ivoire, veut l’écouter, le comprendre, et mettre en œuvre avec lui, les conditions d’une nation nouvelle, d’une réconciliation réelle, d’un Etat de droit opérationnel et exemplaire, d’une démocratie de référence dans une dynamique de prospérité équitablement partagée. Et cette différence creuse entre le Président du Comité Politique et la politique des dirigistes patrimoniaux régnants, le même fossé que le mépris du RHDP creuse entre ce parti et le Peuple souverain de Côte d’Ivoire.


 En conclusion, Guillaume Kigbafori Soro n’a pas pris le lead de l’opposition ivoirienne par la force. IL l’a pris par l’anticipation caractéristique de sa vision politique, par son humilité sincère, par son courage à tout rompre, et par sa volonté de réussir avec son Peuple, la construction d’une Nation ivoirienne véritable. Sur l’échiquier politique ivoirien actuel, je ne connais pas une seule personnalité politique ivoirienne qui ait autant anticipé, autant pris sur elle-même, autant subi des pressions de toutes sortes, autant risqué ses avantages immédiats, et autant innové dans l’art politique, que Guillaume Kigbafori Soro. Le Comité Politique de Guillaume Soro, en moins de deux mois d’existence, aura donc réussi à rétablir de façon irréfragable que son Président, Guillaume Kigbafori Soro, sera au rendez-vous du destin de la Nation qui se profile à pas de géants à l’horizon 2020. IL est permis à chacun d’en juger, mais l’aventure ne fait que commencer, et elle commence bien. Puisque contre vents et marées, l’Homme dont parlent toutes les chaumières de Côte d’Ivoire, c’est bel et bien le Député de Ferkéssédougou Commune. Et la clameur triomphale monte à l’horizon…


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