3 juin 2019
Editorial
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Editorial
Fronan et la Parole apophantique de Guillaume Soro !

L’Editorial de Mamadou Djibo Baanè-Badikiranè
Philosophe


Depuis la ville de Fronan, le président du Comité Politique, Guillaume Soro Kigbafori constate qu’il s’est agi de la chasse victorieuse à la panthère et à deux. Permettez-moi de rappeler rapidement la symbolique pour les non- initiés puisque cette parole nous exige comme Husserl l’a explicité dans son analyse et injonction, d’aller « aux choses mêmes ».

Prosaïquement est, ici, affirmée la nécessité du moment politique couplée avec l’éthique de la responsabilité envers la Côte d’Ivoire et l’Afrique. Elle surdétermine toute la charge éthique de telle partie de chasseurs des gens d’honneur, de telle alliance, telle coalition ou de telle plateforme. Quant à la peur, l’honneur du chasseur dozo l’a avalée. Ou plutôt, elle est un marais asséché tandis que la bienveillance fraternelle n’est jamais une dalle de convenances interpersonnelles. C’est un devoir lorsque les couples de chasseurs de victoires politiques se composent. Les nexus ivoiriens sont ces attelages de politiques, tantôt cohérents, tantôt transhumants pour coller au mot du doyen Laurent Dona Fologo comme invite à aller sécher son linge là où le soleil brille. Je prends le terme nexus au sens d’ensemble complexe politique avec des politiques, des acteurs et des ossatures idéologiques. Cette allégorie s’applique au cas de la scène politique ivoirienne en cette année 2019, précocement électorale. Quels sont ces nexus, ces attelages parfois insolites mais concoctés pour l’arbitrage populaire de la Présidentielle de 2020 ? Nouer, renouer, dénouer pour renier ? Fulgurances transhumantes !

Le nexus Bédié-Gbagbo

Ce nexus est en maturation. Il s’agit d’un ensemble politique dont la complexité tient aux asymétries des intentions cachées et ces sentiments de mépris réciproques en raison des motifs d’opposition d’hier, de luttes gagnées, perdues ou à engager demain. Accouchera-t-il d’un jour nouveau comme ce béotien le prédit ? Non. Puisque cette complexité irrépressible l’est d’autant qu’elle est mise au réfrigérateur pour espérer cacher son jeu. Jeter un voile pudique sur les divergences et les ossatures politiques opposées est un micmac d’un autre âge. Cacher l’éléphant avec la fleur de nénuphar ! Faut le faire. Et puis, la vox populi déconseille le nénuphar pour sa froideur émotionnelle incapable d’aimer, de concilier et se réconcilier. Les Soroïstes constatent que ce nexus l’a rejoint sur le chemin de la réconciliation vraie tous azimuts. Il leur reste le repentir et la demande de pardon pour pleinement recevoir leur certificat soroïste. En attendant, il appert que la nostalgie des haines vécues par ces deux présidents emblématiques invalide cet énamourement non spontané. Le coup de foudre politique n’est pas pour demain.

I. Politiquement, je constate de l’analyse des intentions et percepts des deux anciens présidents, que cette sécheresse affective relève de la psychologie cristallisée des deux leaders de l’ancienne génération. Regardons maintenant les données suivantes. Ainsi, idéologiquement, ce nexus Bédié-Gbagbo est aux antipodes quant à l’analyse de la crise électorale vécue en 2010-2011 et celle potentielle si le consensus n’est pas total et la confiance construite autour de la CEI nouvelle. Puisque la crise vécue l’a été par les mêmes acteurs d’ambitions, les mêmes haines thésaurisées, les mêmes passages en force grâce aux institutions plutôt charismatiques personnifiées que républicaines. Et partant, Chaque potentiel belliciste avec sa grille de lecture, ses appréhensions et sa compréhension préjudicielle qui produisent un ordonnancement de ce qui vient (l’anticipé). Mais ce qui vient en 2020 contient l’ADN de ce qui s’est produit en 2010-2011 comme absurdité et menace contre la concorde nationale. Ce passé non attrayant ne rend pas le futur immédiat conjectural plus attrayant. L’anticipation par le Pont conscience présuppose l’abandon des prismes, des a priori et forcings. Pourra-t-on faire le sursaut d’âme au nom de la réconciliation ?

II. Les douleurs du président Bédié du PDCI ne sont pas la mémoire du président Laurent Gbagbo du FPI légitimité. Il ne suffit pas de parler de l’intérêt supérieur de la nation ivoirienne pour convenir d’une plateforme qui prend le contrepied du sens des valeurs auxquelles on croit, des principes, du modus operandi, des responsabilités partagées. L’art de la dissimulation relève de l’art du bellicisme. Le rêve libéral voire conservateur n’est pas de la gauche nationaliste nombriliste que le FPI a pratiquée lorsqu’il était au pouvoir encore moins de celle démocratique et panafricaniste. La vérité est que l’intérêt de la paix ivoirienne impose le retrait des trois leaders (Bédié-Gbagbo-Ouattara) de la génération sortante de la scène politique au nom de la solidarité intergénérationnelle. Ces trois présidents ont éprouvé le réel des responsabilités symétriquement au réellement douloureux que le peuple africain de Côte d’Ivoire a vécu. Ces orages passés doivent être clos. Parce que les nuisances d’hier, le reniement, les volte-face, les fuites en avant, le mépris du bien commun, la surestime de soi, le mesquin et toutes ces désinvoltures administrent la preuve que les certitudes d’hier deviennent des incertitudes.

Retarder l’annonce de leurs candidatures respectives, commune et composée est une dissimulation des intentions. Le temps court contre eux de ce fait. Leur talon d’Achille, c’est le cours contrarié de leur temps. Le cours long de l’histoire est celui de la vision. Comment alors, cette disjonction politique entre dire et faire d’hier produirait –elle une alliance dynamique pour l’anticipation heureuse de demain ? La disjonction vive d’hier dissimulée en patriotisme de convenance aujourd’hui fait la jonction des belles âmes. Voilà un oxymore dont nul ne gagne à s’en gaver. Il faut s’en méfier. Si l’on y ajoute les francs-tireurs de ces deux mondes, des deux asymétries PDCI (Pdci-Renaissance, Adjoumani, Diby et Ahoussou Kouadio) et le FPI légitimité historique (opposée à la légalité Affi et Lider de l’ex FPI Koulibaly), le thermomètre du bonheur (inventé par le philosophe Bentham) des retrouvailles sera cassé. Que de fractionnements et de transhumances ! Les perspectives divergentes font florès pour éparpiller le vote au premier tour. Ce nexus Bédié-Gbagbo annoncé est alors le nom de l’obsession des retours disjonctifs là où le retour unitaire est improbable. Il demande qu’on s’aime au lieu de sortir les calculatrices pour sentiments dissonants. Est-on obligé de s’aimer ? L’ancien grand chef, le président Laurent Gbagbo répond par la négative. Il a raison au sens où le système partisan repose sur la solidité du processus démocratique crédible parce que le choix libre des citoyens est respecté. Là encore, il ne faut pas attendre de perdre pour exiger la CEI qui vous servi dans sa mouture mauvaise, hier et mal remisée aujourd’hui. La mauvaise foi ne construit pas la paix encore moins consolide la démocratie.

III. La disjonction destinale dans un système partisan est d’abord populaire et arbitrale. Elle n’est donc pas la jonction des vécus sociopolitiques et des perspectives. Mais l’utopie ou le fétiche (pour être cru, l’on ne montre pas le fétiche au grand public) de ce nexus se nomme la politique identitaire revenant PDCI, le souverainisme anti panafricaniste FPI et les yo-yo des proto-conservateurs balbutiants. L’Ivoirité de retour comme ces peurs du perpétuel recommencement ? Ces politiques et dogmes ont fossilisé le processus démocratique et détruit l’Etat de droit au profit de l’effondrement national laissé en héritage aux générations solidaires. La souffrance africaine a eu un visage au bord de la Lagune Ebrié. La décence, l’espoir que demain sera meilleur et la solidarité intergénérationnelle exigent leur sagesse qui aide le peuple à vivre sa vie, à rêver ses rêves, les dessiner et les réaliser.

IV. La clef de cet espoir ivoirien est dans la main des vrais Houphouëtistes. Les vrais Houphouëtistes sont ceux qui sont d’abord des militants du Rassemblement Démocratique Africain. Des Panafricanistes de raison, solidaires et pragmatiques dans l’agir collectif pour le bien de tous. La paix ouverte est leur mantra grâce à la fraternité et la solidarité africaine héritée du Syndicat agricole des années de braises coloniales. Nombreux hier comme aujourd’hui où les oligarques prétendent régenter le destin des nations africaines. Ils ne voteront pas ce nexus Bédié-Gbagbo pour réengager une fixation identitaire retardataire qui a abandonné le progrès social ivoirien. L’abandon n’est pas une offre pas plus que le projet de détestation de son compatriote ou du frère africain. Le bonheur pour tous n’a pas été offert. Le millénarisme ivoiritaire de ségrégation a été sanctifié tandis que le « donnez-moi le pouvoir et je vous le rendrai » a consacré les pires violations des droits humains. Un cercueil pour le processus démocratique et l’émancipation africaine ! Quelle ruine réactionnaire qui a vu déferler des hordes de nationalistes nombrilistes sur le pays du Président Houphouët-Boigny !

Je préfère mettre le doigt sur la tare de ce nexus que sur cet espoir affadi que l’on veut recycler. Cette tare politique prétend que l’hospitalité des Ivoiriens a ruiné leurs droits quant au titre foncier. C’est une trahison des pères fondateurs mais aussi le repli sur soi, l’ivoirité sournoise et la ruine de l’idéal du RDA. La parole Bédié-Gbagbo voit-elle ? Ou regarde-t-elle le rétroviseur ? L’espoir n’est permis que lorsque les gages de cohérence, de vision et d’affranchissement cathartique des tares d’hier sont constatables. Je n’en vois pas. Non plus que les vertus du peuple ivoirien sont incarnées. Ce n’est certes pas une essentialisation mais simplement la panne d’espoir qu’il symbolise. Cet attelage est le nom de cette trahison en rase campagne de la promesse panafricaniste des pères du Rassemblement Démocratique Africain et de la gauche démocratique africaine. Quelle dévastation des vies, des rêves !

Diriger, c’est incarner les vertus du peuple. Lequel de ces deux anciens grands chefs a-t-il incarné les vertus du peuple ivoirien avec constance ? La paix libérale, le dialogue continu, la fraternité bienveillante, l’hospitalité comme droit de cité et la prospérité partagée ! L’abandon de ces valeurs du peuple, ces valeurs qui ont fait le prestige de la Côte d’Ivoire en Afrique et dans le monde, cet abandon là est le carnage, le crépuscule des valeurs et principes séculaires que les patriotes africains nous ont légués. Offrons à ces valeurs et principes, une aube nouvelle comme relève générationnelle solidaire en constituant un pôle en attraction pour la restauration de l’Etat droit. Hier en 2010-2011, l’univers politique était binaire LMP vs RHDP. Cet univers est en expansion comme la théorie de la relativité d’Einstein nous l’a enseigné. La triangulation politique prend donc forme en Côte d’Ivoire : RHDP vs PDCI-FPI vs Solidarité GKS. Que de calculs politiques ! Si la CEI redevient non conjecturale, moins controversée, l’espoir engrangé avec le multipartisme remporté par le Président Laurent Gbagbo à l’époque, cet espoir accouchera enfin du vrai processus démocratique pour la république égale, sociale et impartiale.

Je vais consacrer trois éditoriaux aux trois autres nexus putatifs RHDP pour 2020 que sont le ticket Gon-Diby et celui de Hambak-Ahoussou-Kouadio versus le destin solidaire de réconciliation GSK pour l’Etat de droit.


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